Le doute raisonnable.
En bons sceptiques que nous sommes, nous
ne tenons rien pour vrai de manière absolue, et tout ce que nous
pensons connaître doit constamment être accessible au questionnement et
au test. Quand arrive un documentaire qui entend chambouler ce qui est
connu de l’histoire de l’humanité, ou à tout le moins qui veut mettre à
mal l’égyptologie dite ‘officielle’, il convient donc de ne pas décider
d’emblée qu’il s’agit de divagations infondées. Seulement, les
divagations, ça existe, et il ne faut donc pas faire semblant d’être
sceptique si c’est pour vouer un culte à une thèse au simple prétexte
qu’elle est minoritaire, donc subversive, donc dérangeante, donc vraie.
Un peu de méthode.
La Révélation des Pyramides est la face visible du travail de Jacques Grimault
et surtout de ses prédécesseurs, et
compte tenu de son succès populaire, il faut lui accorder assez
d’attention pour déterminer s’il s’agit d’un travail sérieux, appuyé sur
des données fiables, au travers d’une méthode transparente, rigoureuse
et scientifique qui atteste de la vraisemblance de ses conclusions. Ce
travail d’analyse peut aussi aboutir au constat qu’il s’agit
d’élucubrations séduisantes sans guère de cohérence et d’originalité. Il
faut rester ouvert à ces possibilités. Et pour cela, il faut réaliser
une analyse de ce travail, ou, au minimum, consulter les analyses faites
par d’autres.
Quelques ressources.
Pour bien vous documenter au sujet du documentaire La Révélation des Pyramides, nous vous proposons les lectures suivantes :
- Un court article qui présente la pyramidologie sur Charlatan.info.
- Le Blog d’Irna
regorge d’analyses très fouillées sur les thèses du documentaire, sur
ses sources et références (ou leur absence), sur le pyramidion ou les
multiples pseudonymes derrière lesquels l’internaute Grimault défend le
théoricien Grimault.
- Le blog du prof de maths, Chez Web, un temps encensé par Grimault himself… jusqu’à ce que ses analyses mettent en évidence que le théoricien était au minimum dans l’erreur, voire dans la manipulation. Vous y trouverez des réflexions méthodiques sur la géométrie de la pyramide, où il montre qu’on peut proposer des hypothèses simples pour expliquer la présence de Pi et Phi dans la pyramide et surtout son dernier article où Web démontre que toutes les coïncidences de Pi, Phi et compagnie dans la pyramide sont un recyclage et un maquillage de trois malheureuses approximations. En d’autres termes : de la poudre aux yeux. Web a d’ailleurs publié une conclusion en dressant une liste synthétique de ce qui cloche chez nos pyramidologues.
- Le Blog desillusions.fr a également amorcé une analyse critique du documentaire, à ce jour inachevée, mais qui vaut le détour.
- La page de « Gollum » fait une brillante démonstration sur la manière dont vous pouvez trouver n‘importe quelle nombre dans la grande pyramide.
Dans une veine plus sarcastique, où
l’humour est employé pour souligner les incohérences du propos, vous
pouvez également consulter :
Sous le format vidéo, vous trouverez une critique de la forme prise par le documentaire, proche de la manipulation chez Mr Sam et son émission
Fake ?, ainsi qu’un équarrissage en règle chez
Le Nettoyeur de Mythes auquel Pooyard et Grimault ont répondu avec une vidéo interminable et
hallucinante de puérilité. En audio, le podcast
Scepticisme Scientifique a reçu Eric Lowen (association Alderan) pour évoquer «
La Révélation de la Foutaise » après quoi J. Grimault a réclamé un débat puis s’est débrouillé pour qu’il n’ait pas lieu.
Ressources favorables aux thèses de LRDP
— Mathieu Laveau «
Le message des pyramides« .
Extraits
Vous pouvez aussi vous faire une opinion
avec des extraits de conférence de jacques Grimault agrémentés d’un
minimum de commentaires :
Grimault & la Lune
Mais aussi :
- Grimault & Mars :
- Grimault & la linguistique :
- Grimault & la biologie :
- Grimault en scientifique de combat :
Neutralité ?
Vous aurez sans doute noté l’absence de
source défendant la thèse du documentaire, ce qui est peut-être
regrettable, ou bien révélateur du fait qu’aucun article valable n’a été
écrit dans cette optique. Vous pouvez proposer les vôtres.
Nous avons publié
la réponse de J Grimault à notre article, vous n’y trouverez malheureusement pas grand chose en terme de faits et de méthode.
Si vous voulez proposer d’autres
ressources utiles pour se faire un avis éclairé sur ces histoires,
n’hésitez pas à les poster en commentaire.
Parce que Grimault est un rhéteur de première, il ne vous passera ni l’expression d’un préjugé, ni une approximation ; il a eu beau jeu, par exemple, de démonter le nettoyeur de mythes, qui l’accusait faussement d’avoir parlé d’«engrenage». Le documenteur n’utilise pas ce terme, il parle d’élément de «machine». D’où accusation d’«homme de paille», posture de victime, sympathie auprès de personnes de bonne foi.
Je me permets du coup un –modeste– guide de survie : j’imagine bien que vous connaissez tout cela, mais ça ira toujours mieux en le disant.
1) jamais la moindre attaque personnelle ; même pas une insinuation comme «Et je trouve cela curieux, bien sûr» ou «cela pourrait vous jouer des tours». En fait, mieux vaut se retenir d’une figure de style, même pour un bon mot.
2) à l’inverse, ne laisser passer aucune insulte : la souligner et continuer posément, ou exiger son retrait et passer à la suite puisqu’il ne le fera pas. Peut-être même envoyer préalablement une liste des insultes de cette réponse qui seront à bannir, et la rappeler en tant que de besoin.
3) vu les tensions attendues, prévoir un arbitre chargé uniquement de la bonne tenue des échanges : il ne peut pas donner son opinion sur le fond, il ne peut pas orienter la discussion, il ne peut que distribuer les temps de parole et relever les manquements à la politesse. Et seul l’arbitre peut rompre la discussion si elle est malmenée. Ce n’est pas à vous de mettre un terme (ou alors, à une heure convenue dès le début).
4) en premier lieu, le contradicteur doit définir ses termes (vu que pour lui une «théorie» s’oppose à une «démonstration complète et vérifiable par tous» et à «je montre les faits et en propose une orientation», ça va être coton). Donc blinder la définition de «théorie scientifique», et obtenir l’accord de l’interlocuteur.
5) le cinquièmement n’est pas nécessaire.
6) ne critiquer que si l’on est sûr de tenir l’argumentation, mais le faire dès que possible. Si le contradicteur part d’une prémisse fausse, dénoncer l’hypothèse, pas ses conclusions. Il cite son livre, demandez où se le procurer.
7) recentrer : le contradicteur insulte un tiers, rappeler l’absence de la personne, sous son vrai nom. Il ne répond pas à la question, le mentionner.
8) introduire les enjeux, et s’y référer : vous n’êtes pas égyptologue (qui a dit : lui non plus ?), vous ne regarder que la démarche. On sait déjà la ligne de Grimault («je tenterai de faire passer des données fortes et réjouissantes entre les attaques de ces… ‘messieurs’»). Rappeler en préambule que des données fortes ne font pas des faits (le volume de Khéops en m³ est égal à la population du Nord au 4 juin 2015, et alors ?).
9) à qui s’adresse in fine l’exercice ? L’interlocuteur probablement ne changera pas d’opinion ; les sceptiques sont déjà acquis ; seuls les croyants de bonne foi peuvent commencer à réfléchir sur la démarche zététicienne. L’échange peut montrer in situ des erreurs de raisonnement.
11) sous quelle forme se fera la restitution ? Il y a à parier que l’interlocuteur fera une contre-réponse.